Les Religions, Modes de vie, Modes d'emploi
est le fruit du travail de 5 auteurs, Joseph Boyer, Patrick Colle, Joseph Herveau, Laurent Klein et Mehrézia Labidi-Maïza...
cette ouvrage permets d'aborder les religions sous l'angle de la vie quotidienne. A travers des thèmes personnel, familial et social et une mise en page laissant place à la curiosité et au voyage dans des cultures spirituelles des cinq grands
courants religieux, le lecteur découvre la réalité de ce que vivent des milliards de croyants dans le monde avec respect et sans a priori...
SOURCE : Radio Arc en Ciel
5ème Centenaire du Sermon de frère Antonio de Montesinos
Nous sommes à Santo-Domingo (actuelle République Dominicaine), le 21 décembre 1511, quatrième
dimanche de l’Avent.
Un dominicain, frère Antonio de Montesinos...
délégué par toute sa communauté, monte en chaire dans
l’église, devant le gouverneur espagnol Diego Colomb, devant les grand propriétaires de l’Ile, devant le clergé, tous
propriétaires d’indiens réduits en esclavage, donna l’homélie
Je suis la voix du Christ qui crie dans le désert de cette île .
Je suis ici pour vous faire connaître le péché contre les Indiens.
Il faut que vous m’accordiez votre attention, pas une attention quelconque mais
celle de votre coeur tout entier. Il faut que par tous vos sens vous entendiez cette voix,
cette voix qui sera la plus nouvelle de toutes celles que vous avez déjà entendues, la plus
rude et la plus dure, la plus épouvantable et la plus périlleuse que vous n’auriez jamais
imaginé entendre.
Cette voix crie que vous êtes tous dans un péché de mort, vous y vivez et vous y
mourez à cause de la cruauté et de la tyrannie dont vous faites preuve envers ces
innocents !
De quel droit et en vertu de quelle justice avez vous enfermés ces Indiens dans un
esclavage si cruel et si horrible ?
Par quelle autorité faites-vous cette guerre si détestable à des gens qui vivent sur
leurs terres avec tant de douceur et de paix ? Vous en avez fait périr une telle multitude
par vos sévices inouïs !
Comment pouvez-vous garder ces peuples dans une telle oppression, dans la
famine, sans soins, les détruisant par ces travaux inhumains qu’ils sont contraints de faire
pour vous ?
C’est votre soif de l’or qui les assassine !
Ne sont ils pas des Hommes, eux ?
N’ont-ils pas une raison et une intelligence ?
N’êtes-vous pas tenus de les aimer comme vous-mêmes
Celà, vous ne le comprennez donc pas ?
Celà, vous ne le sentez donc pas ?
Comment pouvez-vous être autant endormis ?
Comment pouvez-vous rester dans une aussi profonde léthargie ?
Soyez certains que dans l’état où vous vous trouvez, vous ne trouverez pas plus le
salut que ces non-croyants que vous poursuivez pour les évangéliser et qui rejettent la foi
au Christ !
Malgré les terribles pressions qu’ils durent subir, les dominicains refusèrent de se rétracter. L’affaire
fut portée devant le roi d’Espagne.
Un des auditeurs, Bartolomeo de las Casas (1474-1566), riche propriétaire, fut bouleversé par ce
sermon. Il embrassa et la vie dominicaine et la cause des Indiens devanant dans l’empire espagnol leur
défenseur. Après la controverse de Valladollid (1550-1551) et les lois royales interdisant l’esclavage des
Indiens, la situation perdura pourtant dans les faits tant pour les Indiens survivants que pour les Africains
déportés et réduits en esclavage.
500 ans sermon de Antonio Montesinos, une célébration complémentaire aura lieu pour le 20 décembre
SOURCE : Radio Arc en Ciel
Un mot sur le Sermon du frère Antonio de Montesinos
1511 - 1811 - 2011
C’est votre soif de l’Or qui les assassine !
Le 11 février 1812, le cri de frère Antonio de Montesinos s’est arrêté aux portes de
ce qui sera la cathédrale de Saint-Denis : c’est la soif de l’or qui les assassine ces êtres
humains réclamant à la société des hommes leur droit à l’égalité et à la liberté que leur
déniait le souverain impératif économique. Ce dieu de l’Histoire des coeurs avides est
Maître en métamorphose de toute fraternité en esclavages multiples et variés. La violence
de 1811 répond à l’horreur et à la cruauté d’une société où l’homme est esclave de
l’homme, où l’homme est outil de l’homme, où l’homme est capital de l’homme. Et cette
spirale de violence s’élève comme une croix où le hurlement de l’Homme dans la ténèbre
de la barbarie exhibe l’anéantissement de toute liberté, de toute égalité, de toute
fraternité.
De 1511 à 2011, la voix de Montesinos crie le péché de mort, la perversion des
sociétés, la déshumanisation de l’homme quand la soif de l’or, l’impératif des marchés,
la nécessaire rentabilité, la divine croissance, l’angélique profit, les bienheureuses lois
du marché, les taux sacrés sont l’absolu : Tout-Puissant qui élève les puissants et les
riches, et abaisse jusqu’à terre les sdf, les sans-voix, les étrangers, les précaires, les petits
et les économiquement faibles.
Quand une société se détermine à travailler plus pour gagner plus, alors il faut
qu’Elie soit réduit au rang d’esclave, de meuble, d’animal ordonné à la prospérité
nationale. Quand une société se détermine à spéculer plus pour gagner plus, alors il est
normal que les quatre cinquièmes de l’humanité se trainent dans la famine, la guerre, la
maladie, l’ignorance et surtout la peur qui détruit l’amour : la peur de l’autre, la peur de
perdre son identité, la peur du lendemain.
La voix du Christ crie dans nos société mercantilistes : c’est dans la faiblesse des
visages arc-en-ciel des êtres humains que gît l’Absolu et ce qui est divin c’est l’Amour du
Père, du Fils et de l’Esprit.
Rachel pleure toujours ses enfants : dans mon coeur créole où mon grand-père
fouette jusqu’au sang mon grand-père; dans tous les Elie de tous les temps dont certains
chrétiens ont osé justifié l’avilissement; dans tous les millions d’hommes, de femmes et
d’enfants dont les pays émergent au prix de leur déshumanisation, dans tous nos
compatriotes jetés dans la précarité et la misère humaine et économique au nom de Fitch
Ratings, de Moody’s Corporation et de Standard & Poors. Amen
Mais il est déjà jeté dehors le Prince de ce Monde ! Et la Parole qui m’est adressée
me fait déjà contempler une terre nouvelle, celle où l’être humain est vraiment Dieu
puisque Dieu s’est fait vraiment être humain. Maranatha !
Fr. Daniel-Philippe Picard, o.p.